Un autre monde

Chachapoyas (19.10.17) – Riobamba (09.11.17)

A Cajamarca, alors que nous nous accordons un jour de pause avec Reto et Sylvie, je prends conscience d’une terrible nouvelle… Il ne reste que deux semaines à passer au Pérou avant d’entrer en Equateur. Je ne m’en étais pas vraiment rendue compte et tout changement me semble clairement prématuré… A Chachapoyas, par contre, l’idée a fait son chemin, nous avons l’Equateur en ligne de mire, le soleil désormais dans le dos (obliquité de la Terre oblige) et l’envie grandissante de connaître une nouvelle culture! Tellement, que les derniers jours péruviens, nous trouvons les paysages monotones, les klaxons insupportables et la moiteur ambiante étouffante. Pourtant, ce que nous voyons ne ressemble en rien à ce que nous connaissons déjà. Descendus à 500 m d’altitude, les rizières recouvrent une bonne partie du territoire et l’occasion est belle de voir de nouvelles espèces de moineaux multicolores! En cinq jours, nous atteignons la frontière à La Balsa. Ouverte en 1997, on traversait alors le fleuve en barque, d’où le nom du village. Aujourd’hui un pont existe, simplifiant le tout. Au milieu de ce dernier, les formalités péruviennes terminées, nous croisons les douaniers équatoriens qui s’en vont au Pérou, régler quelques affaires de passeport. Ils nous demandent de les attendre bien sagement au poste de douane. Mais avant, profitent de cette rencontre impromptue pour se prendre en photo avec nous, mettant en scène le contrôle de nos passeports… Pourquoi pas?

Le jour du départ de Chachapoyas, nous nous rendons à Cocachimba pour voir la cascade Gocta, l’une des plus hautes du monde avec ses 770 mètres. Un détour qui le valait bien!
Après une heure et demie de marche, nous nous retrouvons au pied de la chute. Seule la partie inférieure est encore visible mais cela représente quand même un mur de 540 mètres. Malgré le peu de débit, l’air emporté crée de belles risées à la surface du lac.
A Cocachimba, nous partageons le jardin du camping avec un perroquet. De quoi réveiller nos envies d’Amazonie!
Rizières et triporteurs, scènes de vie typiques du Nord du Pérou.
Au lieu de passer par Jaen, nous choisissons une variante plus exotique pour traverser le Marañon, un affluent de l’Amazone.
Une fois débarqués, nos vélos sont remplacés par des motos.
Bel accueil de l’autre côté 😉
Fin d’après-midi ensoleillée. Il fait une chaleur d’enfer mais nous sommes récompensés par quelques jolis points de vue.
San Ignacio, dernière ville péruvienne traversée. Pour fêter ça, nous aurions bien mangé un bon ceviche mais tout est fermé et nous nous rabattons sur un boui boui.
Séchage du café au bord de la route. L’occasion de poser quelques questions sur le processus de fabrication à une femme qui se tient au bord de la route.
La frontière se mérite. Toute la journée nous passons d’un vallon à l’autre sans bien savoir quand ça s’arrêtera.
Une vache-zébu? Impressionnante!
Les routes péruviennes, dans l’ensemble en très bon état, réservent parfois de jolies surprises.
Le tampon en poche, nous nous réjouissons de découvrir l’Equateur!

Et voilà! Le Pérou c’est fini! 88 jours exceptionnels passés à une vitesse incroyable! Fini les holà gringos à tire-larigot. Ici on nous sert du buenos dias señorita o señor. Fini les pentes douces interminables, ici ça monte sec mais court. On ne fait plus une montée dans la journée mais 5-6 de 200 à 400 mètres chacune. Fini les villages couverts de propagande politique. Ici, nous comprenons après deux jours que l’inscription gruas qui orne les bords de route accompagnée d’un numéro de téléphone n’est autre qu’un service de dépannage… Fini l’achat du pain en soles. Eh oui au Pérou, qui entre dans une boulangerie demandera: « j’aimerais pour 2 soles de pain ». Pour nous c’était un peu plus laborieux puisque 1 sol de pain peut correspondre à 4, 5, 6 voire 10 petits pains indépendamment de la taille de ces derniers. Aussi nous commencions par demander: « combien de petits pains pour 1 sol? 5! Ok alors pour 3 soles de pain! » En Equateur, c’est différent. On demande directement le nombre de pains mais au préalable il faut se renseigner sur ce qu’ils cachent, du fromage, de la confiture, … , s’ils sont salés ou sucrés, avec parfois quelques surprises au rendez-vous! Une fois passée la frontière fini aussi les triporteurs vivement décorés, ici les pick-up sont rois et sont suivis de leur cape de poussière, un bonheur pour les cyclistes…

Nous laissons ainsi derrière nous toutes ces petites choses qui font le Pérou et roulons vers Vilcabamba, où nous retrouvons la fraîcheur qui nous manquait tant ces derniers jours. Cette ville, connue pour la longévité de ses vieillards, est devenue l’un des derniers bastions des soixante-huitards, qui refont le monde de terrasse en terrasse. Nous nous installons pour deux jours au milieu de cette population hétéroclite, profitons des hamburgers de la place, nous reposons un peu et surtout tentons de réparer mon frein arrière, qui depuis cinq jours ne sert plus à rien. Paix à son âme! Malheureusement le mécano du coin ne vaut pas tripette. Il nous remplace l’étrier, mais introduit mal le liquide de frein, avec comme résultat des bulles d’air dans le système. Fatal! Au bout de 10 jours de vélo plus rien ne marche… Faudra régler ça à Quito!

On nous avait prévenu! Les premiers kilomètres équatoriens se méritent! Prêts psychologiquement à pousser, nous sommes du coup ravis de voir que les bouts raides ne sont pas si longs et que tout passe à dos de vélo ;-)!
Dans des forêts à perte de vue, nous reprenons gentiment mais sûrement de la hauteur, accumulant en 3 jours 5000 mètres de dénivelée positive de La Balsa à Vilcabamba, où nous nous offrons deux jours de pause.
Tentative de renforcement de talus peu concluante…
Les routes équatoriennes sont parfois de véritables saignées. Il est ainsi plus simple de repérer la prochaine montée de la journée. Ici la quatrième sur quatre!
Le panneau d’entrée prometteur de Vilcambamba, la ville où « il est possible de donner plus d’années à la vie et plus de vie aux années », selon leur slogan.

De Vilcabamba à Riobamba, nous suivons la route principale à quelques exceptions près, passant d’un village à une ville sans autre forme de procès. C’est là que je m’aperçois que nous n’avons visité qu’une infime partie du Pérou, celle des populations indigènes, laissant de côté les grandes villes où les gens sont d’origines beaucoup plus hétérogènes. Ici, nous découvrons chaque jour une nouvelle facette du pays. Des Blancs de Vilcabamba et leur riche villa isolée du monde par leur grillage, nous passons à Loja, jolie bourgade métissée où tous se promènent en jeans comme en Europe. Nous discutons d’égal à égal avec les gens. Ils connaissent leur pays, ont de bons conseils sur les lieux à visiter et connaissent l’Atlantique ;-)! Le jour suivant, nous reprenons la route, Arthur sifflotant comme les camions poubelle de Loja et croisons la communauté de los Saraguros à San Lucas et plus tard, à Saraguro. Les hommes portent fièrement les cheveux longs, souvent tressés, de belles chemises blanches et des pantalons trois-quarts noirs. Sur leur moto ou leur monture, les cheveux au vent, on les imagine chanteurs de hard-rock. Mais sur la route, nous sommes les seuls à écouter Metallica. Des maisons sort plutôt du reggaeton! Peu avant Cuenca, nous prenons la mesure d’une nouvelle tradition culinaire. Au Pérou, on brandissait fièrement les piques montées de cuys grillés (cochons d’Inde) pour appâter le client. Ici ce sont les porcs qui sont mis en spectacle, bien installés sous leur parasol dans l’attente d’un nouveau coup de chaud au chalumeau.

Arrivés tôt à Loja, nous profitons du soleil pour philosopher sur la place d’armes, un maté à la main.
Surprenante porte de la ville de Loja, aux allures de château.
Nous quittons Loja par une plus petite porte que la Panamericaine et longeons le río Zamora une heure durant avant de tirer sur San Lucas.
Arthur toujours heureux de faire du vélo!
Un porc bien installé sous son parasol.

A Cuenca, la touristique, nous tombons en pleine fête de l’Indépendance. Les hôtels sont plein à craquer et nous campons finalement sur le toit de l’un d’eux. Le soir, huit scènes sont installées en ville. Fini les chanteuses péruviennes aux déhanchements retenus, ici ce sont des groupes d’hommes qui n’hésitent pas à mouiller leur chemise dans des enchaînements de pirouettes. Fait intéressant, la vente d’alcool est interdite aux stands du festival. On n’imagine pas le tollé si Paléo faisait pareil… C’est illégal, mais nous en obtenons tout de même, discrètement glissées sous le bar, sans devoir insister! Mad et Jérémy retrouvés en chemin, nous continuons à quatre jusqu’à Riobamba, enchaînons les cols et routes à flanc de coteau et prenons le temps d’apprécier les nouveaux habits traditionnels. A Chunchi, les jupes très colorées se parent de fleurs brodées, à Guamote, les femmes se couvrent les épaules de plusieurs couvertures de couleurs vives, attachent leurs cheveux d’un long ruban enroulé, tandis que les hommes arborent fièrement un poncho rouge. Beaucoup de petits détails qui font de ce voyage une expérience inoubliable.

Sarah | 4 décembre 2017 | Quito | Kilómetro 16’910

Les paysages équatoriens toujours aussi vallonnés.
Mosaïque du plan de la ville de Cuenca.
Vue de la cathédrale de l’Immaculée Conception, terminée en 1975. Construite en briques rouges et surmontée de trois coupoles bleues, elle est visible loin à la ronde.
Du même point de vue, on apprécie aussi les huit araucarias géants plantés en 1875 du parc Abdón Calderón.
Après une journée culturelle à Cuenca, nous quittons la ville en bus à la découverte du parc national Cajas. Situé à 4000 mètres, ce páramo (un écosystème tropical situé entre la limite des forêts et des neiges éternelles) abrite une infinité de lagunes et de nombreuses possibilités de balades.
Au cours de notre promenade, nous prenons plaisir à prendre ces surprenantes espèces en photos…
… et revoyons à la baisse notre itinéraire prévu pour profiter tranquillement des paysages et des fleurs rencontrés en chemin.
Une lagune parmi tant d’autres…
Le parc englobe aussi des petites forêts de polylepis parmi les plus hautes du monde. Plus connu sous le nom d’arbre à papier, son tronc se compose de fines couches friables qui, lorsqu’elles tombent, font penser à du papier.
De Cuenca, nous reprenons la route avec Madeleine et Jérémy. Pour le premier soir, nous optons pour une variante « luxe » et campons dans le jardin d’un complexe touristique désert. Les employés nous mettent à disposition table et chaises pour que nous soyons encore mieux installés.
Le deuxième jour, notre arrivée au col nous réserve une surprise de taille! On voit la mer… de nuages! Nous sommes définitivement mieux en montagne.
Attraction touristique de San Pedro de Alausi, la Nariz del Diablo désigne le tracé avec rebroussements de l’ancienne voie ferrée transandine pour surmonter une paroi quasi verticale. On voit ici l’un des rebroussements.
A Guamote, nous tombons bien. C’est jour de marché! Les communautés indiennes de la région sont différenciables par leurs vêtements.
Aujourd’hui pas besoin de Tupperware…
… ni de légumes, lampes de poche, mixeur, huile ou papier toilette…
… nous ne craquons que pour quelques bananes et fraises!
Le dernier col avant Riobamba nous offre un surprenant dégradé de brun, peut-être dû aux stigmates de la culture sur brûlis.
A Riobamba, dernière grande ville avant Quito, nous profitons d’un après-midi de pause pour déambuler dans ses rues. Après le tremblement de terre de 1797, qui détruisit une bonne partie de la ville, on construisit une nouvelle cathédrale en bois et remonta la façade avec les pierres d’origine, pour le plus bel effet.
Atelier couture sur une place de la ville.
L’église Saint-Antoine profite des derniers rayons de soleil sous un ciel menaçant.

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